Robert le Libéral

Héros de chanson de geste

Le sixième duc de Normandie est assurément le plus énigmatique de tous ceux qui se seront succédé entre 911 et 1204. Les conditions de son arrivée au pouvoir ont nourri les pires suppositions. La naissance de son fils, Guillaume le Conquérant, stimulera pendant des siècles la verve poétique des écrivains. Sa fin de vie prématurée demeure nimbée de mystère.

Statue de Robert le Magnifique, Falaise. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Statue de Robert le Magnifique, Falaise. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Mis à jour le 16 novembre 2025 à 20:24

Robert naît probablement à Rouen en 1009 ou 1010. Il est le second fils de Richard II le Bon et de son épouse légitime, Judith de Bretagne. À la mort de leur père en août 1026, c’est son frère aîné Richard, qui fort logiquement lui succède.

On aurait pu destiner son cadet à l’abbatiat ou à l’épiscopat, histoire d’ajouter une pièce maîtresse ducale au sein de l’Église normande, mais Robert ne se sent sans doute aucun goût pour entrer dans les ordres. Il faut croire que son père en avait conscience, tout comme de sa forte personnalité, puisqu’il l’a fieffé du vaste comté d’Hiesmois, dont la ville principale, autrefois Exmes, est désormais Falaise, au fier château surgi du schiste aux reflets ocre, perché au-dessus du cours de l’Ante, doté de l’un des premiers donjons de pierre construits en Normandie, indice de l’importance militaire de la place face aux potentielles menaces angevines ou bretonnes. Un geste de confiance en son second fils, eu égard à l’importance du site, qui était déjà fortifié au temps de Charlemagne.

Bas-relief moderne à Falaise : rencontre de Robert et d'Herlève (Arlette).

Fontaine d’Arlette à Falaise, dans le val d’Ante, avec un bas-relief signée du sculpteur A. Lerond. Monument inauguré en 1957. (© Stéphane William Gondoin)

Des amours légendaires

Robert est alors dans sa dix-septième année. Il a étendu les remparts jusqu’à la vallée de l’Ante, et construit devant le faubourg Saint-Laurent une entrée fortifiée : la Porte-le-Comte. Il surveille quotidiennement les travaux. Il s’adonne aussi aux plaisirs de la chasse, digne prolongement de sa formation de guerrier. Cavalier confirmé, il manie l’épée, l’arc et la lance, et son faucon n’a pas son pareil pour intercepter un oiseau en plein vol. C’est un adolescent fougueux comme un jeune étalon, attentif aux jeunes filles comme il sied aux seigneurs de son âge. Paysannes, lavandières, bourgeoises, il les observe du haut de son rocher, qui vaquent à leurs occupations, ou les jauge de plus près à son retour de chasse.

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